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Association Montessori Luxembourg
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Nov 15, 2021

La pédagogie Montessori au cœur des soins infirmiers

La pédagogie Montessori au cœur des soins infirmiers

Lorsque j’ai dû choisir un thème pour mon article de recherche, il a été évident pour moi de prendre un sujet en lien avec ma profession d’infirmière que j’exerce au quotidien au sein d’une crèche Montessori de L’Enfant Roi. Dans mon activité professionnelle, je suis amenée à réaliser des soins infirmiers auprès des enfants de deux mois à quatre ans. Ce qui me plait dans mon métier c’est d’avoir le temps pour chaque soin, chaque enfant et d’avoir la possibilité d’exercer selon mes valeurs.

Les valeurs que je défends au sein de ma pratique, sont celles inculquées dans la pédagogie Montessori. Cette dernière place la bienveillance au cœur de la pratique. L’enfant est un individu à part entière qui est l’égal de l’adulte. Maria Montessori a durant toute sa vie, lutté pour imposer un système d’éducation qui respecte l’enfant en tant que personne, qui n’a pas les mêmes besoins et envies qu’un adulte. J’ai donc choisi d’aborder et d’approfondir ce thème à travers cet article.  

Comment concilier soins infirmiers et Montessori dans la pratique quotidienne ?

Depuis toujours, j’ai voulu exercer le métier d’infirmière. Je voulais aider les autres, prendre soin d’eux au quotidien. C’est pour cela que je me suis dirigée vers les crèches. Les stages que j’ai effectué en secteur hospitalier ne m’ont pas permis de m’épanouir. Le turn-over des patients au quotidien ne me permettait pas de créer des liens sur le long terme. Les lieux de vie que j’ai fréquenté durant mes stages m’ont alors apportés tout ce dont j’avais besoin professionnellement. Créer un lien, une relation de confiance, sur le long terme. Pouvoir connaître chaque individu, prendre le temps avec chacun. Lorsque j’ai commencé à travailler au sein de l’Enfant Roi en tant qu’infirmière et éducatrice, j’ai pris conscience que je faisais le métier dont j’ai toujours rêvé. En secteur hospitalier, le temps manque cruellement, et le soin technique en lui-même est donc privilégié, à défaut parfois du relationnel.

Depuis que je travaille en crèche Montessori, j’ai la possibilité de réaliser des soins comme je les conçois. La pédagogie Montessori place la bienveillance au cœur de toute activité. Les soins infirmiers sont donc faits de cette manière. Durant les premiers mois de ma prise de poste, j’ai pu soigner comme on nous l’apprend en théorie à école, ce qui n’est pas forcément applicable en secteur hospitalier. Le temps que nous avons, la possibilité de l’utiliser grâce à cette pédagogie sont l’essence même des valeurs infirmières. C’est cet aspect qui m’a donné envie d’écrire à ce sujet.  

Dans les divers services où j’ai pu acquérir une expérience, je devais accomplir mes soins le plus rapidement possible afin de pouvoir réaliser tout ce qui va autour du soin : administratif, pharmacie, désinfection, secrétariat, transport des bilans sanguins au laboratoire, dossiers informatiques etc… Je n’ai guère eu le temps de développer l’aspect relationnel, ce qui m’a réellement manqué. J’ai donc remis en question ma pratique professionnelle. Cela m’a amenée à me détourner de la voie hospitalière.

Je vais donc développer le concept de soins infirmier puis tous les aspects qui en découlent. De quelle façon ma découverte de la pédagogie Montessori, a influencé ma pratique infirmière ? Comment concilier soins infirmiers et Montessori dans la pratique quotidienne ?

Développement

Je vais donc définir le concept principal de ma problématique.  Que sont les soins infirmiers ?

Selon Virginia Henderson, ils se définissent de cette façon : “les soins infirmiers consistent principalement à assister l’individu, malade ou bien portant, dans l’accomplissement des actes qui contribuent au maintien de la santé (ou à une mort paisible) et qu’il accomplirait par lui-même s’il avait assez de forces, de volonté ou de savoir.”

Virginia Henderson (1897-1996) était une infirmière américaine, qui durant toute son existence a révolutionné le rôle de l’infirmière ainsi que sa manière d’exercer. Elle a d’ailleurs créé en 1947, une pyramide des besoins fondamentaux qui est enseignée actuellement dans les écoles de soins infirmiers, et qui est à la base de notre pratique. La pyramide précise ce dont a besoin un humain pour se développer. Cela va du besoin primaire de respirer au besoin d’apprendre. En effet tout humain, aussi petit soit-il, a besoin d’apprendre.  

L’infirmière ne soigne pas un organe mais une personne à part entière dans sa globalité. L’enfant a des besoins spécifiques. Pour les respecter il faut, dans un premier temps, accepter le bébé en tant qu’individu à part entière.  

« Lorsqu’un enfant naît, tout le monde se préoccupe de la mère ; On dit que la mère souffre. Mais l’enfant ne souffre-t-il pas lui aussi ? On pense à préserver la mère au plus vite, en lui offrant de l’obscurité et du silence, parce qu’elle fatiguée. Mais pourquoi n’en fait-on pas autant pour l’enfant, lui qui arrive tout juste d’un lieu où ne lui parvenait pas la moindre lumière ni le bruit le plus ténu. »

Le nouveau-né à peine sorti du ventre de sa mère est confronté au bruit, à la lumière, au froid, aux multiples manipulations. Maria Montessori considère l’enfant en tant qu’individu à part entière avant même qu’il ne vienne au monde. Aussi elle se met à la place de ce nouveau-né qui vient de naître et de vivre une expérience parfois rude. Le corps médical et paramédical prend soin de la mère, en répondant à ses besoins. Mais les besoins de ce petit être sont parfois oubliés. Dans l’inconscient collectif l’enfant est un être « passif » qui ne comprend ce qui l’entoure, qui n’a besoin que de manger et de dormir. Il ne souffrirait pas, ne ressentant que peu d’émotions hormis celle de la faim et de la fatigue. Maria Montessori a donc œuvré pour que ses croyances soient désuètes et pour que les besoins de l’enfant soient compris et satisfaits.  

C’est cette nouvelle compréhension de l’enfant qui mène à une prise en charge différente. La reconnaissance de la douleur chez l’enfant est assez récente. En effet, au 19-20eme siècle, les recherches médicales démontraient que l’enfant disposait d’un système nerveux très immature ne lui permettant pas de ressentir l’algie. Un adulte qui souffre de céphalées, va exprimer sa douleur par le dialogue, prendre sa tête entre ses mains, masser ses tempes, s’hydrater…Il peut exprimer sa douleur à travers certains codes qui sont compris par autrui. Un enfant exprime sa douleur mais d’une tout autre manière. L’adulte du début de 20eme siècle et avant pensant retrouver ses mêmes codes, ne pensait donc pas que l’enfant pouvait souffrir. Un fait important aussi est que l’enfant n’était pas considéré comme l’égal des hommes adultes et que par conséquent la communauté scientifique a pris un certain temps avant de s’intéresser à ce sujet et d’admettre qu’une autre vérité était possible. Pour preuve, l’invention d’une échelle d’évaluation de la douleur : L’EDIN. Cet acronyme signifie « échelle de douleur et d’inconfort du nouveau-né ». Cette innovation permet la cotation de l’algie chez l’enfant qui ne peut s’exprimer. Elle énumère les manières dont l’enfant manifeste l’algie et nous permet de l’identifier. Le corps médical met donc le bien-être de l’enfant au cœur de sa prise en charge.

En travaillant au sein des crèches Montessori de L’enfant-Roi, j’ai la chance de suivre une formation qui me permet d’apprendre et d’approfondir ma connaissance de cette pédagogie. Pouvant l’appliquer quotidiennement j’ai donc pu observer les bénéfices apportés aux enfants mais aussi aux éducatrices.  

Un soin peut se présenter sous la forme d’un pansement, d’une désinfection de plaie, d’immobilisation d’un membre, d’une pose de stéri-strip, donner un médicament, une prise de température etc… Un soin cela peut aussi être un câlin, une étreinte dans le but de consoler, réconforter, répondre à un besoin affectif. Un dialogue avec un enfant, l’écouter quand il parle ou pleure. L’observer. La psychologie est à prendre en compte au même titre que chez l’adulte, et se soigne tout autant. 

Si un enfant pleure et qu’on ne peut répondre à sa demande dans l’immédiateté, on explique à l’enfant : “je t’entends, je vois que tu cherches à communiquer, je viens dès que j’ai fini…” En considérant les pleurs et en lui montrant que l’on s’intéresse à lui, l’enfant sait qu’on est là pour lui.

Le second concept qui pour moi découle de cette problématique est la bienveillance.

Cela peut paraître simple, mais c’est indispensable. En étant bienveillante dans notre pratique, nous serons inévitablement à l’écoute de l’enfant. Nous prendrons le temps de lui expliquer le soin, de ne pas l’interrompre s’il est concentré dans une activité. Nous essayerons de décoder et d’interpréter ses émotions afin de pouvoir adapter notre comportement. La bienveillance se caractérise par « à porter sur autrui un regard aimant, compréhensif, sans jugement, en souhaitant qu’il se sente bien, et en y veillant ». — (Christine Legrand, Pour une éducation bienveillante – Journal La Croix, page 1314, 16 septembre 2015).  

En l’absence de jugement porté sur autrui, notre esprit est ouvert et accepte les sentiments de nos congénères. C’est ce comportement qui crée des liens positifs entre les êtres humains.  

De la bienveillance induit des comportements positifs qui sont bénéfiques pour chaque personne de l’ambiance : « le professionnalisme du professionnel relève justement de ce souci de l’attention particulière au sujet particulier auquel on s’adresse. » Walter Hesbeen, ici, souligne l’attention personnalisée que nous nous devons de porter à chaque patient.  

L’exemple le plus probant que je peux mettre en lumière durant mon exercice, c’est lorsque j’ai été amené à poser un stéri-strip sur le visage d’une petite fille qui ne parlait que le russe. Lilas pleurait beaucoup et se débattait. Je lui ai alors dit quelques mots en russe. Elle fut étonnée et cela l’a apaisé. J’ai ensuite chanté une petite chanson en russe, elle était plus détendue. En parlant sa langue maternelle cela l’a mise en confiance, et a pu trouver des repères qui l’ont rassuré. Lilas ne comprend pas forcément chaque mot mais la sonorité particulière de sa langue maternelle lui a parue familière.

La démonstration sur le doudou peut aussi être une solution. Le doudou est un objet transitionnel qui est un repère clé pour l’enfant. En effectuant le soin sur cet objet cela met en confiance l’enfant. Au fur et à mesure de ma pratique, j’ai remarqué que cette technique fonctionne particulièrement pour l’administration de Ventolin® en chambre d’inhalation. En se mettant à la place de l’enfant, on imagine que de voir arriver devant son visage un énorme masque que l’on doit maintenir fermement sur la bouche et le nez, doit être très angoissant et donner l’impression d’étouffement. Pour ce soin, je prends un temps de préparation qui est essentiel. Quand je suis avec l’enfant seule dans une pièce, je le laisse découvrir le masque et la chambre d’inhalation, quand l’enfant est d’accord pour que je le lui reprenne, je fais la démonstration du soin sur le visage du doudou. L’enfant peut alors visualiser ce qui va se passer. Je propose alors à l’enfant de faire le soin sur lui avec cette petite phrase “Ton doudou Chat a réussi, tu es aussi courageux que lui, tu veux essayer aussi Théodore ?”. Généralement l’enfant accepte et si ce n’est pas le cas, on réessaye aussi longtemps qu’il faut pour l’enfant n’associe pas ce soin à quelque chose de négatif et qu’il ne prenne peur des soins.  

Quand je suis avec l’enfant Si l’enfant ne veut pas prendre, quand je lui propose, un sirop, un soin : est-ce ma manière de proposer et d’amener le soin qui est mauvaise ? Aborder le geste d’une autre façon me permettrait elle d’obtenir l’acceptation du soin ? L’enfant peut-il devenir acteur de soins ? L’adulte doit se remettre en question. Comprendre de ses erreurs et accepter qu’une autre manière de faire est parfois possible. Si je constate que je fais une erreur dans ma pratique, je dois me remettre en question afin de progresser et de proposer la meilleure des prises en charge possible. L’enfant ne choisit pas de venir en crèche alors, c’est à nous de faire en sorte que ces journées soient plaisantes. Quand je suis amenée à faire des soins, dans la plupart des cas, l’enfant est malade, a des douleurs, n’est pas au meilleur de sa forme physique. Aussi il est de notre devoir que sa journée ne soit pas pour l’enfant un moment de stress, d’incompréhension.

Dans la pédagogie Montessori, il nous est enseigné que l’enfant qui réalise un travail développe sa capacité de concentration et ses aptitudes psychomotrices. On ne dérange donc pas un enfant qui est en pleine activité. Pour comprendre quel comportement adopter avec l’enfant, il “suffit” de transposer la situation dans un monde exclusivement d’adultes : prenons un exemple, Je ne suis plus infirmière en crèche mais dans un centre médico-psychologique. J’ai une injection à réaliser chez Madame X. Cette dernière est en train de réaliser un atelier cuisine, je ne vais en aucun cas interrompre son activité, en l’emmenant de force en salle de soins, et réaliser l’injection sans explication. Les effets ne seraient que néfastes. Il en est de même pour les enfants. Si Alexander est en train de faire un encastrement Montessori, je ne vais pas d’un coup “l’arracher” à son activité sans un mot, l’emmener à salle de bains, réaliser le soin rapidement sans prendre en compte la dimension humaine. Cela rendrait l’enfant insécure, il n’aura pas pu travailler sa capacité de concentration. Il était en train de réfléchir, d’élaborer un raisonnement et d’essayer de résoudre un travail. En interrompant la réflexion d’un individu il perd tout le bénéfice de son travail.

« Il s’agissait de la répression de l’activité spontanée de l’enfant par l’adulte qui le domine sans cesse ». Anticiper le soin, ne le pas couper l’enfant dans une activité, ne pas proposer une activité cinq minutes avant un soin qui est prévu est une marque de respect et considération. Il faut privilégier la notion de consentement même chez le tout petit. Nous allons donc voir comment la pédagogie aborde le thème de l’accord.  

Bien entendu sont exclues des situations d’urgences, où une vie est en jeu et où le soin doit être fait très rapidement : Comme une injection sous cutanée d’adrénaline en cas de choc anaphylactique. Le soin sera exécuté avec ou sans l’accord de l’enfant mais tout en lui expliquant.  

Il est parfois obligatoire que j’administre un médicament assez rapidement en cas de forte fièvre par exemple. Le médicament dont je dispose alors en structure est du Perdolan® (paracétamol) en sirop. Pour quantifier la quantité exacte que je dois donner à l’enfant, je me sers d’une pipette. Pour être sûr que la prise du paracétamol soit optimale je dois m’assurer qu’il prend tout le sirop. Aussi je tente dans un premier essai la pipette, puis si cela ne va pas je peux essayer à la cuillère… Mais aussi sur mes genoux, dans les bras en marchant, sur le plan de change, en regardant l’aquarium, l’enfant assit sur une chaise.

Parfois, il est important pour des enfants de comprendre que le sirop est bon et sans danger. Mais la démonstration sur doudou est alors impossible. Dans ce cas de figure, je propose alors à l’enfant de montrer sur moi-même. Je prends une petite cuillère et je dépose quelques gouttes de sirop dans la cuillère pour que l’enfant puisse bien visualiser, et je prends la cuillère de sirop. Je ne risque rien et cela rassure. L’enfant accepte souvent le médicament et pour les fois suivantes, il n’y a généralement pas de soucis pour que l’enfant prenne le sirop. En observant, l’enfant apprend. Il développe ses capacités cognitives, apprend à comprendre le monde qui l’entoure sans en avoir peur et en sachant que ces craintes sont entendues. On ne force jamais un enfant. Si ce dernier refuse, il suffit parfois de changer d’ambiance ou d’environnement.

L’enfant n’a que très peu d’expériences du monde qui l’entoure. De ce fait il est souvent confronté à des situations nouvelles. C’est un aspect à prendre en compte pour établir une relation saine sans sentiment de supériorité.

Depuis 1 an et demi, je travaille au sein des crèches de l’Enfant Roi et j’apprends donc comment appliquer quotidiennement la pédagogie Montessori. J’ai découvert de nombreuses notions qui m’étaient alors étrangères. La première dont j’ai eu connaissance, c’est de ne pas donner de surnom aux enfants. L’enfant à sa propre identité et si nous lui donnons un autre nom que le sien il peut rencontrer des difficultés à se reconnaître. Lors des premiers soins que j’ai dû effectuer, je me suis adressée à l’enfant en l’appelant “Chaton, mon cœur etc…”. Lors de ma formation, nous avons abordé ce sujet. L’exemple donné a été le suivant : si nous prenons l’habitude de nommer un enfant “mon cœur” ou “ma puce”, l’enfant s’identifiera à ce nom. En étant plus grand, il peut être amené à ouvrir un livre où figurent des images de cœur anatomique ou de puce. L’enfant va se demander pourquoi les adultes l’assimilent à ça. Cela peut perturber son image et son estime de soi.  

Ma manière de parler a beaucoup évolué. En effet, l’équipe de la crèche m’a également expliquée que l’on doit éviter au maximum de mettre des négations dans nos phrases. La raison en est évidente. Si je m’adresse à quelqu’un en ces termes, “ne pensez pas à une maison verte”, la première image qui s’imposera à son esprit sera celle d’une maison verte.  

Aussi, si je dois faire un soin à un enfant de 2 ans et je lui dis “n’ai pas peur, ça ne fait pas mal, ça ne va pas prendre longtemps, ne pleure pas”. L’enfant ne comprend pas la phrase dans son entièreté, il ne saisit que les mots clefs, qui dans cet exemple sont : peur, mal, longtemps, et pleure. Ces phrases négatives sont donc une source d’angoisse pour les enfants. La situation peut être impressionnante pour l’enfant qui présente un saignement par exemple. Aussi, il faut réfléchir aux mots pour ne pas entretenir l’angoisse ou la peur de bébé.  

Dans notre société actuelle, notre manière de parler est construite en négation, avec des surnoms, de l’infantilisation. C’est un réel travail sur soi, de remise en question. Nous devons adopter une nouvelle manière de communiquer qui n’est pas innée et nécessite donc un effort et une réelle volonté de changer. Ma manière de communiquer a totalement changée. Avant je m’adressais à un enfant de cette façon (quand par exemple je vais poser des stéri-strip) :

“ N’ai pas peur mon loulou, c’est juste un pansement pour que tu n’aies plus mal, ne pleure pas, ça ne va pas durer longtemps, t’es un grand, tu n’as pas à avoir peur, ce n’est qu’une petite plaie. Ne bouge pas pendant que je pose les stéri-strip”.  

Dans cet exemple en plus d’utiliser des négations, je minimise la douleur de l’enfant. Si je me casse le bras, je ne tolèrerais pas que quelqu’un vienne me voir pour me dire que je n’ai pas si mal que ça et que ce n’est rien. Même si ce n’est pas intentionnel, la personne nie la douleur et la détresse de d’autrui. De surcroît “être grand” ne signifie pas que l’on ne doit plus avoir peur, une émotion n’est pas liée à l’âge. En obligeant l’enfant à ne pas bouger pendant que l’adulte fait pose les stéri-strip, on rend l’enfant complètement passif.

Dire à un enfant qui a mal “ce n’est rien”, revient à l’embrouiller, car on nie son impression, alors que justement, il en cherche la confirmation auprès de nous” Maria Montessori

Le discours que je tiens maintenant est réfléchi et j’en comprends la portée et son effet sur les autres. Toujours dans ce même exemple, je vais formuler ma phrase autrement : 

“Je suis avec toi Rose, je vois que tu es tombée. Tu peux avoir confiance en moi, je vais te soigner et t’aider à te sentir mieux. On va ensemble poser le pansement, j’ai besoin de ton aide. Il faut rester immobile. Tu es prête ? on y va…”

Je cherche à obtenir l’aide de Rose pour qu’elle ne fasse pas que subir le soin, elle en devient actrice. Je recherche son consentement, et qu’elle collabore pleinement. C’est la somme de ces petits détails, qui tous ensembles permettent de proposer une prise en charge globale respectueuse et réfléchie. J’explique à Rose que je comprends ce qu’elle ressent.  

Une journée d’été, si on doit appliquer de la crème solaire sur le visage ou les bras, on peut proposer à l’enfant de le faire seul, de montrer comment faire sur soi-même. On peut s’installer face à un miroir pour que l’enfant puisse observer ce qu’il fait et s’auto-corriger. C’est ce qu’on appelle en pédagogie Montessori “le contrôle de l’erreur”. L’enfant peut voir s’il manque de la crème ou si elle n’est pas suffisamment étalée. On veillera à ne pas pointer du doigt l’erreur. On pousse l’enfant à se questionner : “Tu es satisfait de la manière dont la crème est mise ? Tu es protégé du soleil ?”. Bien évidemment l’enfant peut commettre des erreurs. Dans ce cas de figure il est très important que la crème soit bien étalée pour avoir une protection contre les UVs.

On aide l’enfant à faire par lui-même sans faire à sa place. Lors de ma formation d’accueil à l’enfant Roi, nous avons abordé de nombreux sujets, dont un qui m’était alors totalement inconnu : “Les violences douces”. Ce sont des petites actions qui n’ont pas nature à être violentes mais qui répétées quotidiennement peuvent plonger l’enfant dans un sentiment d’insécurité.

Pour donner un exemple concret, lorsque je fais un soin où je vais poser mes mains sur le corps de bébé, je touche bébé avec des mains froides sans les réchauffer avant, ni même prévenir l’enfant. C’est très désagréable et cela surprend. L’enfant aborde donc le soin avec une première appréhension, et un a priori négatif.  

Une violence douce qui pourrait découler de ce genre de comportement est de ne pas respecter l’intimité. Que ce soit à n’importe quel âge, chaque individu a le droit au respect de son intimité. Je dois faire un soin dans les meilleures conditions. Un adulte ne souhaite pas qu’on fasse un soin devant tout le monde au milieu d’autres personnes, il en est pareil des enfants. Le soin doit être réalisé dans lieu intime (salle de bains etc..) et ne pas être exposé à la vue de tous. Cependant il est possible que l’enfant ne me connaisse pas assez bien et ne me fasse pas confiance. La présence d’une éducatrice de son groupe peut alors être requise et bénéfique pour l’enfant. Cependant cette situation, je dois veiller à focaliser toute mon attention sur l’enfant. Je parle avec bébé, le regarde dans les yeux et je ne discute pas avec l’autre éducatrice. L’enfant et le soin sont les seules choses importantes à ce moment. 

Il faut prendre le temps d’analyser le comportement de l’enfant pour pouvoir adapter l’ambiance à lui et non l’inverse. Il faut prêter, par exemple, attention à l’intensité lumineuse. En effet si l’enfant est sur le dos, il peut être ébloui par les lumières électriques et gigoter dans le but d’apaiser cette sensation d’éblouissement. Mais cela peut être aussi, baisser le volume de la musique ou au contraire allumer une musique connue de l’enfant. Dans certaines situations d’urgences, il est impossible de déplacer l’enfant (fracture ouverte, gros traumatisme, crise d’épilepsie etc..). C’est alors aux éducatrices présentes de faire sortir les autres enfants de la pièce pour limiter les regards indiscrets (parents, enfants, visiteurs etc..). Personne n’a envie de se sentir observé alors que c’est le moment où nous avons besoin de calme et d’être rassuré.  

L’enfant est une “éponge” à émotions. Ils ressentent tout ce qui se passe autour d’eux. Si nous sommes stressés, inquiet il est important de ne rien transparaître aux yeux des enfants. Il faut s’exprimer et agir calmement, clairement, prioriser ses actions afin d’être organisé et efficace. Une fois le soin effectué, il faut prendre en compte l’incident dans sa globalité, ensemble. Si Paul pousse Romy et qu’elle se blesse, je soigne donc Romy, mais une fois fini, il est aussi important d’aller voir Paul. Lui expliquer ce qui s’est passé et essayer de comprendre son geste. Il est primordial de ne jamais juger l’enfant. Chez les petits qui n’ont pas encore la parole, il faut observer. Peut-être qu’il s’est fait mordre et qu’il s’est défendu, qu’il a eu peur de quelque chose. Chez le plus grands, on explique calmement, on peut montrer la plaie, la blessure en expliquant que c’est son geste qui a provoqué ça. Il est important de clore l’incident sur une note positive : une excuse, un sourire… (Sans jamais imposer un contact physique : bisou, câlin…)

Une autre violence douce qui doit être évité, est lors de la transmission faite aux parents au sujet de la journée et donc de l’incident. Il faut être clair, annoncer ce qu’il s’est passé sans détours. Mais le plus important est ne pas mettre l’enfant de côté lors de la transmission, de toujours l’intégrer à la conversation. Nous pouvons commencer la transmission par “On raconte à papa comment s’est passée ta journée Camille ?” “Tu montres le pansement à papa ?”. Il serait inconcevable de parler de l’enfant et de sa journée à ses parents sans l’inclure. Il ne nous viendrait pas à l’esprit de parler de quelqu’un à d’autres personnes alors que ce dernier juste à côté. Si l’enfant est en mesure de parler, laisser l’enfant expliquer l’incident et apporter des précisions.  

“L’éducation dans le vrai sens de ce mot consiste à comprendre l’enfant tel qu’il est, sans lui imposer l’image de ce que nous pensons qu’il devrait être” Jiddu Krishnamurti

CONCLUSION

La pédagogie Montessori est une philosophie d’éducation qui a fait ses preuves à travers le monde et les cultures. Nombreuses de ses valeurs sont applicables dans de multiples secteurs : santé, éducations, management etc…  

La pédagogie met au cœur de toute pratique la bienveillance, la compréhension, l’écoute, la confiance, le partage. Toutes ces qualités permettent une prise en charge optimale des soins infirmiers en crèche. A travers de nombreuses expériences et exemples j’ai la possibilité d’affirmer qu’une éducation positive est une des clés de l’épanouissement de l’enfant et du développement de sa confiance en lui.

À la fin de mes études d’infirmières, j’ai dû rédiger un mémoire. Le sujet que j’ai traité est la prise en charge des enfants autistes en service de chirurgie. J’avais souhaité mettre en valeur l’importance de la capacité d’adaptation du personnel soignant face à ce type de patients. Ces derniers nous poussent à nous remettre en question, à envisager les soins d’une nouvelle façon. En appliquant la pédagogie Montessori, j’ai retrouvé les valeurs que je défendais dans ma pratique infirmière.

Les soins infirmiers sont fondamentalement liés à la pédagogie Montessori qui inculquent des valeurs que défendait aussi Virginia Henderson, Christine Legrand, Walter Hesbeen, Jiddu Krishnamurti et bien d’autres. En appliquant ces valeurs, nous pouvons proposer des soins qui correspondent à une ambiance globale positive, où l’enfant est l’égal de l’adulte. Il est de notre devoir d’accompagner ces enfants qui sont l’avenir de notre monde.

“L’enfant est pour l’humanité à la fois un espoir et une promesse. En prenant soin de cet embryon comme de notre trésor le plus précieux, nous travaillons à faire grandir l’humanité.” Maria Montessori

Article rédigé par Daphné Plaza

BIBLIOGRAPHIE

L’enfant de Maria Montessori-1936  

L’esprit absorbant de l’enfant de Maria Montessori- 1949

Journal La Croix, page 13-14 -16 septembre 2015.  

Le cerveau de l’enfant Daniel J. Siegel, Tina Payne Bryson-2018

Humanisme soignant et soins infirmiers Walter Hesbeen- 2017

ANNEXE :

Les 14 besoins fondamentaux de Virginia Anderson.

https://www.google.com/search?q=les+14+besoins+de+virginia+henderson&rlz=1C1 DIMC_enLU838LU838&sxsrf=ALeKk0061PL6-

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Echelle de douleur et d’inconfort du nouveau-né :

https://www.google.fr/search?q=echelle+edin&tbm=isch&ved=2ahUKEwiJsYrR_oHqAhXXw4UKHTrsAvcQ2-cCegQIABAA&oq=+echelle+edin&gs_lcp=CgNpbWcQARgAMgIIADIGCAAQCBAeMgQIABAYUMXZBFjF2QRg1vIEaABwAHgAgAG3AYgBtwGSAQMwLjGYAQCgAQGqAQtnd3Mtd2l6LWltZw&sclient=img&ei=pXPmXsnKKNeHlwS62Iu4Dw&bih=751&biw=1536#imgrc=3ZNKPZ0fMMo7eM

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