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Association Montessori Luxembourg
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Déc 21, 2020

Comment la pâtisserie peut-elle intervenir dans le développement de l’autonomie chez les enfants en crèche ?

Comment la pâtisserie peut-elle intervenir dans le développement de l’autonomie chez les enfants en crèche ?

Introduction

J’ai toujours aimé faire des recettes en pâtisserie. En débutant en tant qu’employée dans les crèches de l’Enfant Roi, j’ai voulu continuer à créer des gâteaux mais aussi et surtout transmettre mon petit savoir sur ce thème. C’est ce même intérêt qui m’a donné l’envie de me pencher sur le sujet afin de découvrir les conséquences qui pouvaient découler de la pâtisserie.

Depuis que j’ai commencé mes études d’éducatrice spécialisée, j’éprouve un grand intérêt pour l’accompagnement de toutes les populations vers l’autonomie. C’est la base de mon travail. C’est pour cela que je me suis dirigée vers les crèches Montessori. L’autonomie est le fondement de l’homme de demain.

Grâce à mon expérience et mon travail au quotidien avec les enfants en crèche, j’ai pu observer l’augmentation de l’autonomie des groupes que j’ai pu accompagner. Je me suis alors posée la question suivante pour relier les deux points que j’affectionne particulièrement : comment la pâtisserie peut-elle intervenir dans le développement de l’autonomie chez les enfants en crèche ?

Pour pouvoir répondre à cette question, nous allons, dans un premier temps, aborder le thème de la pâtisserie et découvrir de quoi il s’agit mais aussi comment elle peut être utilisée et travaillée avec des enfants en crèche. Ensuite, nous allons nous pencher sur l’autonomie en général en suivant le regard et l’avis de Maria Montessori au travers de ses œuvres écrites. Enfin, nous allons terminer par mon expérience professionnelle où je pourrai vous détailler ma façon de faire mais aussi le développement que j’ai pu observer chez les enfants d’un groupe que j’ai suivi pendant une année entière au sein de la crèche d’Europe.

La pâtisserie

Qu’est ce que c’est ?

La pâtisserie est un dérivé de la cuisine. Elle peut désigner tant les préparations sucrées que l’ensemble des opérations effectuées pour y arriver. On peut également parler de lieu où on peut acheter ces aliments. Ces derniers sont consommés à plusieurs occasions mais également à différents moments de la journée. La pâtisserie permet de créer des aliments sucrés sur base d’une recette, connue ou improvisée.

Lorsque l’on parle de la pâtisserie en tant qu’activité propre avec son ensemble d’opérations, le but premier est de pouvoir consommer ce qui a été produit. Cependant, la pâtisserie permet de travailler à d’autres objectifs.

Penchons-nous d’abord sur l’origine de la pâtisserie. Son apparition a été constatée chez les Grecs il y a plusieurs milliers d’années. La pâtisserie à cette époque était très basique et ne servait que d’offrande aux dieux. Ce n’est que bien plus tard, lorsque l’on découvre de nouveaux ingrédients tels que les œufs ou la farine, que celle-ci se complexifie. Toutefois, ce n’est qu’au XVIIe siècle que l’on commence à accorder une importance au dessert, donc aux aliments sucrés qui clôturent les repas.

Beaucoup de lieux et de peuples sont à l’origine des évolutions de la pâtisserie. C’est pour cela que nous connaissons tant de recettes et que nous pouvons jouer avec les différents ingrédients dont nous disposons. Grâce à ce large panel de connaissances, nous pouvons alors varier les plaisirs tant au niveau des goûts qu’au point de vue visuel. Pouvoir changer régulièrement de recette est très important dans la pâtisserie pour continuer à avoir plaisir à effectuer ces différentes recettes mais aussi pour construire de plus en plus notre palais. C’est donc grâce à cette évolution que nous pouvons nous régaler mais aussi que nous pouvons voir la pâtisserie dans de nombreux domaines (boulangerie, hôtellerie, commerce, etc…). La pâtisserie est rentrée dans les traditions et nous les faisons persévérer.

La pâtisserie est donc destinée à créer des aliments sucrés qui seront consommés à des moments précis, tels qu’en dessert, en petit déjeuner ou même en collation/goûter. Si c’est son but premier, la pâtisserie permet de travailler davantage d’objectifs secondaires. C’est pour cela que cette activité peut être utilisée tant avec des enfants que des adultes porteurs ou non de troubles spécifiques. Il y a un panel des choses à travailler sur différents plans tels que le moteur ou le mental.

Les utilités de la pâtisserie

Nous pouvons citer le développement moteur. Celui-ci peut être travaillé grâce au déliement du poignet en utilisant le matériel employé pour mélanger les préparations. Il y a également la force en portant les différents aliments destinés à la confection de la pâtisserie mais aussi en transvasant dans les différents contenants, comme du saladier au moule par exemple.

Elle travaille aussi sur la créativité des personnes tant dans la découverte de recette personnelle que dans le montage de certaines pâtisseries. Elle peut être associée à une certaine forme d’art. Beaucoup de personnes aiment décorer leur réalisation grâce à de la pâte à sucre qu’elles ont travaillé et dont elles ont confectionné de petites structures. C’est grâce à cela que nous pouvons voir des gâteaux tout simples devenir de vrais œuvres d’art.

Ensuite, la pâtisserie peut permettre de travailler sur l’image de soi et sur des notions plus personnelles grâce aux points cités précédemment. Lors de la réussite d’une recette, lorsque le goût est bon, nous pouvons également être fiers de notre travail. La confiance en soi peut donc se construire grâce à ce genre d’activité.

Les sens sont également mis en éveil, ce qui peut permettre de travailler sur ces derniers et de les approfondir. La vue est sollicitée grâce à la recherche du bon ingrédient mais aussi, quand cela est possible, pendant la lecture d’une recette. Le goût est travaillé lorsque chaque produit utilisé peut être goûté avant le mélange mais également pour sentir la différence entre une préparation cuite ou crue. L’odorat l’est aussi pendant l’utilisation des différents ingrédients mais surtout lors de la cuisson. Enfin, le toucher est expérimenté lors de certaines recettes qui demandent un pétrissage par exemple.

Des notions plus collectives peuvent aussi être engagées dans ces activités. La coopération peut être mise en avant lors de la préparation de la recette en équipe, comme c’est le cas dans les ateliers pâtisserie mis en place en crèche. Le partage et l’envie de faire plaisir aux autres sont également renforcés lorsque la préparation est terminée et prête à être mangée.

Il y a encore bien d’autres aspects qui peuvent être travaillés tel que l’esprit logique en instaurant la planification grâce à la recette. Le langage peut aussi être entrainé grâce à la connaissance du vocabulaire spécifique lié à cet univers. Ce sont tant de sous objectifs qui peuvent permettre au bénéficiaire de l’activité de tendre vers une certaine autonomie. L’autonomie qui sera acquise lors de ces activités ludiques pourra être transférée dans le milieu plus général de la cuisine.

La pâtisserie permet de travailler beaucoup d’objectifs différents pendant ces ateliers mais il est important d’en fixer certains plus spécifiquement par séance. Cependant, certains seront automatiquement présents à chacune d’entre elles comme l’utilisation des sens.

En crèche

Dans nos structures, chaque vendredi, un atelier pâtisserie est mis en place pour permettre aux enfants de préparer leur goûter. Cet atelier permet aux enfants de confectionner le goûter qu’ils pourront manger et partager avec le reste des enfants. Certains adorent y participer, d’autres n’y viendront jamais. La pâtisserie est faite de façon simple, en utilisant des recettes qui les sont également. Plus les recettes sont complexes, plus l’adulte doit intervenir dans la préparation et ce n’est pas mon but.

Le fait de le faire tous les vendredis permet aux enfants, en dehors des objectifs liés en particulier à la pâtisserie, d’avoir un repère tant au niveau du temps que des jours de la semaine.

Les ateliers pâtisserie sont assez simples à préparer mais ils demandent tout de même un minium de travail en amont. Comme citées avant, les préparations des gâteaux permettent d’effectuer plusieurs objectifs précis mais il est difficile de tous les cibler en une séance. C’est pour cela qu’il est important de choisir quelques objectifs à travailler en particulier pendant la séance à venir mais il faut aussi rechercher la recette qui va être préparée pour avoir les ingrédients indispensables à sa réalisation.

Les enfants ne savent pas lire la recette, c’est donc à l’éducateur de guider les enfants dans la confection de celle-ci. C’est pour cela qu’il est important de leur expliquer la recette avant mais surtout pendant tout l’atelier. Il faut pouvoir les guider tout au long de ce dernier.

Étant donné les différents aspects possibles à travailler, il faut pouvoir les aborder le plus souvent possible. Il est important d’utiliser le vocabulaire adéquat pour permettre de travailler le langage mais aussi la mémoire des enfants. Au fil des séances, les enfants connaissent le matériel qui est utilisé à chaque atelier.

Pour permettre une certaine coopération et cohésion dans le groupe, il faut proposer aux enfants de passer la pâte en préparation aux autres enfants pour qu’ils puissent également mélanger. Au fil des séances, les enfants commencent à le faire d’eux même et le disent même aux autres. Après plusieurs semaines, les enfants intègrent le déroulement de l’atelier et ils l’expliquent aux enfants qui ne participent que depuis peu ou très rarement. Ils partagent leurs connaissances.

La pâtisserie en crèche ne demande pas énormément d’ingrédients ni beaucoup d’étapes pour justement leur permettre de faire le plus possible seuls.

Les enfants peuvent également goûter les ingrédients qu’ils utilisent (farine, sucre, etc.) avant de les mélanger ensemble. À la fin de la recette, lorsque la pâtisserie passe au four ou au frigo, les enfants peuvent vérifier l’évolution. À l’heure du goûter, ils peuvent enfin déguster ce qu’ils ont pu faire. Ils sont souvent fiers de leur réalisation et très contents de la manger. Cela se voit lorsqu’on regarde le reste du gâteau à la fin du goûter.

Enfin, le soir, ils aiment raconter à leurs parents l’atelier auquel ils ont pu participer pour ceux qui sont déjà dans le langage. Les parents aiment savoir ce qu’ils font et la participation à l’atelier pâtisserie est un point qu’ils aiment connaître.

La pâtisserie en crèche commence à partir des Nido jusqu’à la maison des enfants pour pouvoir aboutir à des recettes de plus en plus complexes mais surtout pour espérer ne plus devoir intervenir en tant qu’éducateur dans les préparations. L’objectif principal pendant les ateliers est l’autonomie au sens large.

Au cours des années exercées à l’Enfant Roi, j’ai supervisé une bonne partie de ces ateliers. En effet, j’aime moi-même faire de la pâtisserie, ce qui explique essentiellement mon envie de participer à ces ateliers mais je voulais aussi pouvoir suivre les évolutions chez les enfants du groupe. Dans la suite de cet article, je vous décris mon expérience professionnelle liée à ces séances avec un groupe que j’ai suivi pendant une année entière.

L’autonomie

Maria Montessori prône, grâce à sa pédagogie, l’autonomie chez l’enfant. En effet, c’est un des principes de base de celle-ci. Nous pouvons citer une de ses citations bien connues qui est « apprend moi à faire seul. »

Définition

Mais l’autonomie c’est quoi exactement ? L’autonomie est la « capacité de quelqu’un à être autonome, à ne pas être dépendant d’autrui » selon la définition du Larousse. Nous pouvons aussi expliquer la racine grecque de ce mot qui est « autos » : soi-même et nomo : la règle. Cela signifie bien la possibilité de suivre des règles seul. Mais pour pouvoir y arriver, l’enfant doit acquérir les compétences qui sont liées au domaine dans lequel il va développer son indépendance mais aussi avoir une certaine liberté dans ce qu’il va expérimenter.

Selon Maria Montessori, l’enfant pourra devenir libre et indépendant grâce à une activité et un effort qui est continu. C’est ici que nous pouvons parler du besoin de répétition chez l’enfant pour pouvoir tendre vers la connaissance et par conséquent à son autonomie. « Le premier instinct de l’enfant est d’agir seul », il est important de ne pas le bloquer dans cet élan et le laisser expérimenter seul, tout en suivant des règles bien précises. C’est grâce à toutes ses expérimentations qu’il pourra développer son autonomie et qu’il pourra faire totalement seul, sans l’aide d’un adulte. Mais malgré ce que l’on pourrait penser, « il veut apprendre par lui-même, avoir son expérience du monde, le percevoir par son propre effort » ce qui prouve encore qu’il faut lui laisser la possibilité d’essayer seul.

Comment la pâtisserie peut développer l’autonomie ?

L’enfant a besoin d’expérimenter seul, c’est pour cela que pendant les ateliers pâtisserie, ils ont tous besoin de goûter les ingrédients, d’essayer plusieurs techniques pour mélanger la pâte ou autre. L’éducateur donne les instructions de base, la recette ainsi que les règles présentes dans le groupe tout au long de la journée (exemple : le respect de l’autre etc.) mais laisse les enfants tester tout ce qu’ils peuvent pendant cette activité. La pâte ne sera peut-être pas parfaite mais les enfants pourront s’en rendre compte et essayer de s’améliorer. Grâce à la répétition des gestes qu’ils peuvent faire toutes les semaines, les recettes seront de plus en plus réussies.

Malgré cette explication, l’éducateur intervient dans un premier temps en tant que guide. Il pourra alors montrer les techniques indispensables à la conception des goûters. C’est alors à ce moment-là que les enfants pourront observer comment ils pourront arriver à leur but. Un exemple très précis est le cassage des œufs. Il est important de montrer aux enfants comment on peut faire pour éviter tout comportement qui pourrait être mauvais et apporter des conséquences plus ou moins négatives.

Les ateliers de pâtisserie peuvent par conséquent être utilisés pour travailler plusieurs choses qui aideront à tendre vers l’autonomie. La répétition du geste est très présente ainsi que la déliaison du poignet.

Un enfant qui participe chaque semaine à confectionner le goûter pourra mélanger sans soucis la pâte par exemple. L’utilisation du fouet aura travaillé la mobilité de son poignet, ce qui pourra être un bon début pour l’écriture plus tard.

Le langage est aussi très utilisé mais surtout bien précis. Le vocabulaire est précis et l’enfant pourra alors enrichir ce dernier. De plus, ces mots sont souvent utilisés dans le quotidien. Il aura alors développé davantage son langage et pourra demander des choses plus précises.

Enfin, le fait de pouvoir développer son autonomie au niveau de la pâtisserie lui sera bénéfique pour plus tard. Il aura acquis les compétences indispensables dans la création de gâteau par exemple, mais il pourra par la suite les transposer dans le milieu de la cuisine en général. L’enfant, qui aura grandi, pourra alors se rendre compte de son indépendance par rapport à la nourriture. Nous pouvons donc faire une comparaison avec l’enfant qui commence à se détacher du sein maternel. Il peut se sentir indépendant car il ne dépend plus de sa mère pour avoir le seul aliment qu’il peut manger. Ici, l’enfant n’est plus dépendant de qui que ce soit pour pouvoir manger, tout simplement. Je suis bien consciente que cette transposition demande du temps mais c’est grâce à des activités comme celles-ci que son autonomie pourra augmenter.

L’éducateur durant les ateliers

« L’enfant n’est pas un être vide que nous avons rempli de tout ce que nous savons » et « si nous entendons l’éducation dans le sens d’une aide au développement de l’enfant », nous pouvons affirmer que l’éducateur, pendant ces ateliers, est un guide, un accompagnant dans les démarches liées à la préparation du goûter. Il ne s’agit pas pour l’éducateur de faire la recette seul. Il devra, dans un premier temps, montrer les techniques à l’enfant pour permettre l’imitation. Mais il peut, pour ce faire, l’effectuer avec l’enfant.

Pendant les ateliers, l’éducateur a un rôle de lecteur. C’est lui qui pourra expliquer la recette aux enfants qui ne savent pas encore lire mais c’est aussi lui qui utilise les mots précis pour permettre aux enfants de les intégrer. L’enfant a un esprit absorbant, c’est pour cela que tous les mouvements et mots utilisés par l’éducateur doivent être justes car celui-ci va absorber tout cela, sans aucune limite. Il est important que l’enfant apprenne tout ce qui est lié à la pâtisserie de façon correcte et précise dès le début.

Il devra aussi éviter de bloquer les enfants dans leur apprentissage. J’ai pu souvent remarquer l’envie des enfants de goûter tout ce qui est utilisé pour les pâtisseries, de pouvoir prendre le fouet de plusieurs façons différentes etc… Cette volonté ne doit pas être bloquée. C’est grâce à cela que l’enfant pourra expérimenter seul et faire des essais et des erreurs. Il pourra aussi développer ses sens, plus particulièrement le goût. L’éducateur doit être disponible pour laisser l’enfant dans ses expérimentations et ne pas l’interrompre. Il doit veiller au cadre et au respect des règles. Mais si l’enfant met de la pâte à côté, par exemple, il doit laisser l’enfant manipuler et voir les conséquences de ses actes. L’enfant « veut apprendre par lui-même, avoir son expérience du monde, le percevoir de son propre effort. »

En fin d’année, après de nombreuses semaines où les enfants auront pu expérimenter ces ateliers, l’éducateur peut commencer à s’effacer et laisser les enfants faire la recette de plus en plus en autonomie. Il garde toujours son rôle de lecteur mais les enfants seront capables de faire énormément de choses pour réaliser cet aliment sucré. Il sera là pour continuer à accompagner les enfants et à veiller au cadre.

Mise en pratique ; expérience professionnelle

J’ai décidé de vous décrire un exemple professionnel avec un groupe d’enfants de la crèche d’Europe. Pendant une année complète, j’ai été essentiellement l’éducatrice en charge des ateliers pâtisserie du vendredi. C’était un choix personnel lié à mon intérêt pour cette activité mais aussi par envie de suivre l’évolution du groupe de la Communauté Enfantine dans ce genre d’atelier.

J’ai alors accompagné un groupe par semaine qui pouvait changer régulièrement pour la préparation des goûters du vendredi après-midi. Pour cela, j’ai essayé de suivre un plan que je vais vous détailler par la suite. J’ai voulu garder une certaine routine pour rassurer les enfants ainsi que pour leur permettre de devenir le plus possible des acteurs autonomes dans ces ateliers.

Pour commencer les ateliers, un petit groupe d’enfants m’accompagnait dans la recherche des ingrédients indispensables à la réalisation des pâtisseries. Grâce à cela, le vocabulaire précis pouvait y être travaillé. À la fin de l’année, la plupart des enfants connaissaient le matériel ou ingrédients indispensables à la réalisation des gâteaux (farine, œufs, etc…).

Une fois la recherche d’ingrédients et le travail du langage lié à ceux-ci terminés, il fallait mettre une nappe sur la table pour la protéger. La couleur jaune est alors associée aux activités culinaires. Après plusieurs séances, les enfants allaient chercher la nappe, l’endroit était devenu connu pour eux et ils la plaçaient sur la table. Chacun devait porter un tablier et il y avait souvent un enfant qui allait chercher le tablier pour les autres. Il les distribuait et chacun essayait de le mettre seul. Ils recevaient par la suite une charlotte avec laquelle ils faisaient de même. Une fois protégés, les enfants devaient laver leurs mains. Au début de l’année, il fallait leur demander de le faire mais au fil du temps, cela devenait automatique et ils y allaient d’eux-mêmes. Lorsque les mains étaient lavées, chacun allait s’asseoir à une place autour de la table où ils avaient placé la nappe.

Lors de la réalisation de la recette, j’expliquais chaque étape aux enfants avant de la faire. Au début, je les accompagnais dans les mouvements comme casser les œufs, mélanger les différents ingrédients, mettre le beurre dans le moule, etc…

Au fil des séances, les enfants arrivaient à effectuer tous les gestes qui étaient présents à chaque fois, comme casser les œufs. Pour ce faire, j’ai tenté de trouver la technique la plus simple possible qui pouvait par la suite être faite par les enfants seuls. La technique était d’utiliser deux œufs en les cognant ensemble. Un seul se cassait de façon assez nette. Il était alors assez simple d’ouvrir l’œuf et d’éviter que des coquilles ne se retrouvent dans la pâte. Ce moment de l’activité était apprécié par tous et acquis en fin d’année par une grande majorité du groupe.

Lors de la pesée des ingrédients, je m’occupais d’indiquer le poids noté sur la balance mais les enfants se chargeaient de verser dans le bol. Pour plus de facilité, les ingrédients, comme la farine ou le sucre, étaient soit pris grâce à une cuillère ou transvasés d’une boite de conservation au bol. Le sachet contenant les ingrédients n’étant pas toujours simple à manipuler, j’ai voulu enlever une difficulté pour augmenter le degré d’autonomie.

Ensuite, lors du mélange de la pâte, chaque enfant pouvait utiliser le fouet pour ce faire. Chacun avait sa technique et grâce à cela, à la fin du tour de table, la pâte paraissait plus ou moins lisse. Ce n’est qu’à la fin que celle-ci était transvasée dans le moule au moyen d’une louche.

Enfin, lorsque la pâte était transvasée dans le moule, je le mettais moi-même dans le four. L’activité n’était alors pas totalement finie. Les enfants retournaient laver leurs mains, chose qu’il fallait demander au début de l’année, avant d’enlever leur tablier et de le mettre dans le panier à linge sale. La charlotte utilisée était mise à la poubelle. Une fois tout le matériel remis à sa place, la vaisselle utilisée par la pâtisserie était mise dans le bac de vaisselle et la nappe était alors lavée. En début d’année, je demandais séparément aux enfants de faire une tâche bien précise. Par la suite, ils s’entraidaient en lavant à plusieurs la nappe et/ou en mettant la vaisselle dans le bac. Une fois tout cela terminé, les enfants m’accompagnaient pour ramener les ingrédients non utilisés ainsi que la vaisselle à la cuisine et le linge sale dans la buanderie. Dans les premières séances, je devais porter une bonne partie des choses à ramener en cuisine. Mais au fil des activités, les enfants ont pris le panier à linge et les ingrédients pour m’aider.

Au fil des séances, à force de répéter tout le temps le même schéma et d’utiliser les mêmes termes, les enfants connaissaient parfaitement le déroulement d’une activité pâtisserie voire presque une recette.

Evolution

Chaque geste a été pensé pour permettre aux enfants de pouvoir le faire seul. En début d’année, j’ai dû souvent aider les enfants dans toutes les étapes des recettes mais à la fin de celle-ci, le groupe préparait son gâteau pratiquement tout seul.

Pour conclure, j’ai pu voir que les enfants avaient acquis les gestes grâce à leur répétition et que cela leur a permis d’augmenter leur autonomie, laquelle peut être transposée dans des gestes du quotidien bien précis comme le fait de se servir seul à manger. Leur confiance en soi se développant grâce à la satisfaction de pouvoir manger leur réalisation, ils tentent davantage de choses et ceci permet donc d’augmenter leur autonomie dans leur vie de tous les jours.

Conclusion

Pour conclure, l’autonomie est très importante à développer chez les enfants. Plus ils sont autonomes et ce, le plus tôt possible, plus ils auront des facilités dans la vie, plus tard. Maria Montessori prônait l’autonomie et c’est au fil de nos journées de travail au sein des crèches que nous suivons ses idées. C’est pour cela que mon travail est basé sur l’autonomie au quotidien. Cependant, j’ai voulu utiliser un atelier ludique pour pouvoir la travailler de façon plus précise.

Dans cet article, nous avons pu découvrir comment la pâtisserie pouvait être abordée pour permettre aux enfants d’évoluer et de tendre vers toujours plus d’autonomie. Il a aussi été précisé la place de l’éducateur dans cette évolution. Pour pouvoir expliquer en quoi la pâtisserie pouvait aider à cette augmentation d’autonomie, il a été nécessaire de clarifier davantage ce terme utilisé très souvent de nos jours. J’ai voulu exposé la vision de Maria Montessori sur ce sujet mais également comment nous la percevons désormais. C’est ainsi que nous pouvons conclure que l’autonomie : c’est « aider l’enfant à faire seul ».

Dans cet article, j’ai pu vous amener un exemple bien précis et personnel de cette évolution d’autonomie au sein des ateliers. J’ai continué à participer à l’atelier pâtisserie du vendredi matin avec d’autres enfants, étant donné les changements de groupe au fil du temps, je peux vous assurer que l’évolution est tout aussi présente dans un groupe différent. Mon intérêt pour la pâtisserie ainsi que la fierté de voir les enfants se développer de plus en plus vers une autonomie au sein des ateliers ainsi que dans leur quotidien. Tout cela me motive dans mon travail.

Pour terminer, nous pouvons répondre à notre question qui était « comment la pâtisserie peut-elle intervenir dans le développement de l’autonomie chez les enfants en crèche ? ». La répétition des gestes, l’enrichissement du langage, la coopération et la cohésion de groupe ainsi que le développement des différents sens permettent aux enfants de devenir de plus en plus autonomes dans les ateliers pâtisserie hebdomadaires. Ils arrivent aussi à transposer leurs nouvelles connaissances dans leur quotidien comme l’apprentissage à se servir seul à manger.

Ici, nous avons parlé d’autonomie au niveau de la pâtisserie mais c’est une façon ludique d’amener l’enfant vers son développement. Beaucoup d’activités peuvent être ludiques de base en permettant de travailler sur énormément d’objectifs sans s’en rendre compte. Nous pouvons dès lors nous questionner désormais sur les activités ludiques que nous pouvons utiliser pour tendre vers le plus d’autonomie possible chez les enfants en crèche.

Bibliographie

Montessori M., « L’esprit absorbant », Desclée De Brouwer, septembre 2003, Paris, collection Education, 256 pages

Montessori M., « L’enfant », Desclée De Brouwer, septembre 2016, Paris, collection Education, 320 pages

L’univers de la pâtisserie, « Histoire de la pâtisserie », https://www.luniversdelapatisserie.com/p%C3%A9dagogie/histoire-de-la-p%C3%A2tisserie/, consulté le 12 avril 2019

Vincent, « Origine et évolution de la pâtisserie, de la genèse », Castelanne, 11 novembre 2016, https://www.castelanne.com/blog/evolution-patisserie/ , consulté le 12 avril 2019

La maternelle de Steph, « La cuisine à la maternelle », 12 décembre 2004, http://lamaternelledestef.free.fr/recettes/cuisine.htm , consulté le 02 avril 2019

Pascale Quiron, « Le développement de l’autonomie selon la pédagogie Montessori », Montessori au Quebec, http://www.montessori.quebec/education/index.php?page=autonomie , consulté le 10 avril 2019

Larousse, « Autonomie », https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/autonomie/6779 , consulté le 16 avril 2019

Sarah Lepage
Éducatrice principale

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